Overblog
Editer la page Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Ouvrage

Quand la France sera réveillée par un Chinois, le monde tremblera !

 

Publié par yuntao

« En tant qu’homme politique, je regarde le pays à travers ses chiffres statistiques et ses contributions à la géopolitique du théâtre mondial…mais il faut comprendre la tradition philosophique et spirituelle chinoise. Du coup, la Chine à nos yeux n’est plus le résultat d’une histoire de soixante ans, mais d’un héritage de plus de quatre mille ans. [1]»

Tony Blair a raison. On est souvent troublé par son régime communiste d’origine occidentale, mais on oublie que sa civilisation traditionnelle est encore vivante dans l’âme de la nation. Puisque la Chine est aussi compliquée que les femmes comme Serge Gainsbourg chante : « les femmes c'est du chinois, le comprenez vous moi pas », on l’analyse à l’aide de la comparaison avec l’Occident.

 

A l’inverse des Occidentaux qui se regardent comme les enfants d’Adam et Ève, les Chinois se disent qu’ils sont les descendants d’un couple « homosexuel » de deux hommes : l’Empereur Yan et l’Empereur Huang.

Selon la légende chinoise (plus de 2000 ans av. J-C.), les ancêtres des Chinois se regroupèrent après la guerre de Banquan où la tribu de l’Empereur Huang battit la tribu de l’Empereur Yan, leur alliance se renforça par la victoire contre les barbares. Les deux tribus consacrèrent ensemble leur talent à la nouvelle collectivité :  Yan Empereur améliora la technique agricole alors que Huang Empereur se focalisa sur la médecine.

Si l’origine occidentale est la nature humaine par l’homme et la femme, celle chinoise est née de l’unité politique et sociale. Même si l’Empereur Yan fût battu, les vainqueurs ne rejetèrent pas son nom pour mieux s’intégrer réciproquement.

Les Chinois se disent qu’ils sont les « descendants de Yan-Huang ». C’est « l’unité avec l’harmonie » qui est la règle centrale de la civilisation chinoise. Selon son origine, l’unité signifie à la fois la paix intérieure et la victoire face à l’invasion extérieure. Du coup, sauf exception, la Chine est toujours un État uni (avec un seul Empereur et un seul gouvernement central) en forme féodale avant l’unification de Qing (221 av. J. – C.), et unitaire depuis l’unification.

La pensée unificatrice est au cœur du peuple chinois, quel que soit le pouvoir en place.  Les Chinois sont sensibles aux interventions extérieures qui touchent l’unité, parce qu’il ne s’agit pas seulement d’une menace envers une nation, mais plutôt envers la paix. Ainsi, c’est la raison pour laquelle les Chinois apprécient l’Union européenne, parce que la devise « Unie dans la diversité » leur semble familière : la Chine unitaire comprend mille régions différentes qui possèdent leur propre culture, langue orale[2], habitudes et cuisine. De ce point de vue, l’Union Européenne n’est sûrement pas une utopie, mais un rêve que l’on peut réaliser. La sortie de Royaume-Uni n’est pas une mauvaise chose, bien au contraire, je vous confirme que l’UE sans lui est une grande chance pour tous les autres.

Or la Chine unitaire est beaucoup plus solide que l’UE, car sa « devise » est plutôt « unie à partir de la diversité ». Après 1000 ans de la concurrence idéologique, le confucianisme l’emporta et devint la philosophie nationale ( II siècle av. J. – C), car il absorba les avantages de toutes les autres pensées. Grâce à ces valeurs communes, l’Empire du milieu unifia la société « multiculturelle ». Donc le régime chinois traditionnel ne fut jamais despotique ou tyrannique. On ne le sait pas, car les intellectuels occidentaux « arrogants et ignorants » l’ont conclu sans études sérieuses.

Le cas de la Chine ressemble à la pensée de Pascal : « La multitude qui ne se réduit pas à l’unité est confusion. L’unité qui n’est pas multitude est tyrannie [3]». Et Guizot l’a parfaitement expliqué : « La multitude, c’est la société ; l’unité, c’est la vérité, c’est l’ensemble des lois de justice et raison qui doivent gouverner la société [4]». La société et l’État chinois furent mûrs il y a plus de 2000 ans, mais l’Occident les regardent comme un « enfant » jusqu’aujourd’hui. Du coup, on a perdu tous les sens sur la Chine.

 

Les Chinois regardent l’Empereur Wen de Zhou [5] comme l’auteur de Yi Jing qui est un des premiers livres chinois, l’unité du rôle des hommes politiques et celui des sages caractérise le couple philosophie-politique, à l’inverse de l’Occident où les deux rôles sont séparés, et à l’inverse de l’Inde où le système de castes attribue le pouvoir spirituel au brahmane et le pouvoir politique au kshatriya. On comprend donc pourquoi Gandhi préfère être le leader spirituel plutôt que politique quand il renonce à tous les postes politiques.

Confucius est un exemple typique qui unit plusieurs rôles : le premier ministre d’un royaume, le philosophe, le Maître d’une école. Donc, en Chine antique, même si le chef d’État est l’Empereur héréditaire qui représente la continuité de l’État, ce sont les intellectuels-politiciens qui détiennent le pouvoir, presque tous les grands hommes politiques chinois antiques sont aussi des grands sages.

C’est la raison fondamentale pour laquelle la société chinoise antique resta en harmonie la plupart du temps, parce que la société est facilement troublée par les politiciens professionnels. Généralement, les sages sont plus neutres et plus raisonnables que les politiciens. Entre le peuple et le pouvoir, les sages préfèrent le peuple plutôt que le pouvoir, à l’inverse des politiciens. En fait, d’après les intellectuels chinois, le sage est leur identité humaine tandis que la mission politique n’est que leur responsabilité sociale, la politique n’est donc pas un métier.

Dans la démocratie occidentale, les sages s’éloignent du pouvoir, et le peuple manipulé par les politiciens devient de plus en plus victime du politique. Il faut se demander si on a besoin de sages-politiciens afin de remédier au mal démocratique, en particulier en France, pays des Lumières, qui devrait être le moteur du progrès de la démocratie.

 

Quand les sages ont les rôles majeurs en politique qui a besoin de l’esprit pragmatique, la théorie et la pratique sont nécessairement unies. Wang Yangming, un grand sage chinois, le résuma ainsi : « la connaissance et l’action ne font qu’un », il le réalisa en pratique : en tant que grand philosophe, il devint « Dieu de la guerre de la Dynastie Ming [6]» grâce à son commandement pendant la guerre où il fût maréchal.

La pratique et la théorie avancent ensemble, à l’inverse de l’Occident sauf en France au XIXe siècle où les sages participent massivement à la vie politique : Châteaubriand, Constant, Guizot, Lamartine, Tocqueville … et ce n’est pas Thiers mais Victor Hugo qui devient le « Père » de la République. C’est une période d’or de la France, et cette culture politique française est toute particulière parmi les pays occidentaux.

En fait, la séparation entre la pratique et la théorie ne met pas seulement en cause l’éducation et l’académie, mais fait aussi reculer la démocratie. La tradition franco-chinoise n’est-elle pas la solution ?

 

Puisque la philosophie chinoise se focalise sur la vie humaine, quand elle guide la politique, l’unité entre la morale individuelle et étatique est inévitable, Confucius en conclut une règle : « ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fît.[7] ». Cela ressemble à la pensée de John Stuart Mill : « La seule liberté qui mérite ce nom, est celle de chercher notre propre bien à notre propre façon, aussi longtemps que nous n’essayons pas de priver les autres de la leur ou d’entraver leurs efforts pour l’obtenir. [8]»

Mais les Chinois respectent aussi cette règle dans les affaires étatiques comme la diplomatie, à l’inverse de l’Occident. L’expansion de la Chine ne dépend pas de la conquête militaire vers l’extérieur, mais de l’attrait de sa civilisation qui attire les barbares vers l’intérieur : « Si les populations voisines demeurent encore réfractaires, on doit les attirer par le seul prestige de la civilisation. Quand elles auront été ainsi séduites, la paix régnera [9]». Exceptionnellement, la guerre fut faite pour la paix, quand la Chine fut attaquée par les barbares, l’expansion de son territoire est le résultat des guerres contre les agressions successives.

Or, le pacifisme chinois dépend de sa puissance militaire dominante dans la région. S’il n’y a pas d’ennemis de puissance équivalente, et c’est le cas dans la majorité de son histoire, le pacifisme marche bien. Par contre s’il y en a un comme les Mongols ou les Mandchous, la Chine est battue faute d’ambition militaire. Les Chinois préfèrent la paix, mais ils oublient souvent que la force militaire devait être au service de la paix.

L’Occident préfère la conquête militaire qui manque d’une cohésion morale, cela produit trois conséquences :

La première conséquence est le cas de l’Empire romain : dès qu’il tomba, il ne revint plus à cause de la perte de force militaire, les nouveaux citoyens romains qui héritent la civilisation romaine ne sont pas Italiens mais Français. Par contre, la Chine fut occupée plusieurs fois par les barbares dont les Mongols et les Mandchous, mais elle revint en assimilant les anciens envahisseurs grâce au noyau fort de sa civilisation. Cela ressemble à l’Inde dont la civilisation est la priorité.

La deuxième conséquence est le cas de l’Occident moderne : on occupe la terre des étrangers, mais on n’occupe pas leur cœur, parce que l’on préfère l’armée plutôt que la civilisation. Les étrangers se soumettent à la force militaire plutôt qu’à la civilisation. Du coup, dès l’évacuation des occidentaux, la majorité des pays coloniaux tombent dans le chaos. Ainsi, puisque les occidentaux d’aujourd’hui regrettent leurs actions injustes vis à vis des peuples de l’ancien système colonial, le politiquement correct en devient l’expiation. Cela menace notre liberté et notre démocratie. Tout est issu de la séparation entre la morale individuelle et étatique.

La France moderne est parfois une exception : pendant la révolution de 1911 en Chine, quand tous les autres pays occidentaux refusèrent l’aide à Sun Yat-sen, la France lui envoya des attachés militaires pour former ses révolutionnaires au nom de la solidarité libérale. Généralement, les Occidentaux savent bien jouer la diplomatie, mais ils ne savent pas comment être un vrai leader du monde. De point de vue vertueux, théoriquement il n’y a plus de diplomate en Occident.

La troisième conséquence est l’éphémère des empires occidentaux. Tous les empires fondés sur la conquête militaire sont réversibles. Les minorités redeviennent indépendants dès la chute de l’empire, car elles ne se sont jamais intégrées volontairement à la majorité ou à la collectivité. De Rome à l’Angleterre, et même l’Union européenne.

Or, la Chine est le seul Empire irréversible, car les minorités y adhèrent volontairement grâce à la civilisation chinoise : c’est le vrai sentiment du « fier d’être chinois ». Les pays étrangers confucéens ne veulent pas quitter la « grande famille chinoise ». Même si l’Empire du milieu a été deux fois renversé par les barbares comme les Mongols et les Mandchous, la Corée et le Japon n’ont jamais voulu la désinisation, contrairement, ils se sont dit comme le petit Empire du milieu, un héritier légal de la civilisation chinoise.

Au sens chinois, l’empire est la paix, car tous ses citoyens sont égaux, à l’inverse du sens occidental où il y a les colonisateurs et les colonisés.  Les Occidentaux n’aiment pas la paix, ils font les guerres pour leur propre intérêt, ils pillent les autres partout dans le monde. Et ils jalousent la cohésion de l’Empire du milieu, du coup ils font tous les efforts pour désintégrer la Chine jusqu’à maintenant sans tenir compter de la paix.

 

« Mon enseignement s’adresse à tous, indifféremment [10]» est la devise de Confucius, l’unité de l’éducation entre le peuple et la noblesse est le principe, comme conclut Meng Zi[11] : « chacun peut être Saint-Sage-Empereur ». Quels que soient l’origine et le métier, chaque Chinois peut et devrait être « Dieu + Empereur » au sens occidental.

D’un côté, le peuple est capable de réfléchir sur les affaires publiques comme les hommes d’État. Raymond Aron a exprimé la même opinion : « je me suis toujours posé la question : ‘Qu’est-ce que je ferais à la place des ministres ?’[12]». Dans ce cas, l’intérêt général n’est plus touché par l’individualisme égoïste qui est le mal de la démocratie moderne, et la politique n’est plus troublée par les intellectuels scolastiques qui devraient devenir les sauveurs de notre démocratie corrompue par les politiciens professionnels.

D’un autre côté, l’homme et le Saint s’unissent, il n’y pas de frontière entre l’Homme et Dieu. Du coup, l’Homme, Dieu et la nature ne font qu’un, la philosophie remplace la religion. La religion au sens occidental devient une méditation spirituelle. Cela est la raison fondamentale pour laquelle la Chine est toujours un pays laïque. Dans le grand roman fantastique chinois « Xi You Ji » (La Pérégrination vers l'Ouest[13] ), on peut trouver les règles qui harmonisent les rapports entre : les religions, les fidèles, les païens, l’État, la société…. C’est un véritable guide de la laïcité dont la conception est le plus avancée dans le monde jusqu’à aujourd’hui. Actuellement, sous le régime communiste, l’anti-islamisation devient le consensus entre tous les courants politiques : de l’extrême gauche communiste à l’extrême droite nationaliste. Donc les Chinois n’acceptent pas le soutien occidental à l’islamisme chinois. Aux yeux des jeunes chinois, l’Occident veut se suicider, mais il ne veut pas être seul.

 

Et puis, l’harmonie d’une société dépend du bon fonctionnement de l’ascension sociale qui permet le renouvellement des élites politiques non-héréditaires. C’est l’origine de la Révolution française de 1789 et l’objectif de la démocratie moderne.

Les Chinois inventèrent le système « Kejü » qui fût un concours national pour choisir les hommes politiques. « Kejü » inspira l’Occident pour créer le système de recrutement par concours dans la fonction publique. « Kejü » permet à un enfant de paysan chinois d’être premier ministre, le sommet politique de l’Empire. Ceci n’est pas rare, mais normal.

Cette unité entre les gouvernés et les gouvernants produit deux conséquences : premièrement, elle harmonise et stabilise la société chinoise ; deuxièmement, la démocratie moderne caractérisée par le vote n’a pas été inventée en Chine antique, car l’ascension sociale fonctionne bien pour les élites ambitieuses.

 

Or, l’unité avec l’harmonie a des inconvénients très graves : tous les progrès dans les domaines de la pensée, de la science, de la société, des armes… furent très lents dès que la civilisation chinoise fut mature il y a 2000 ans. Donc, en apprenant des autres, le renouvellement régulier est indispensable à la civilisation chinoise. De ce point de vue, elle n’est pas chinoise, mais universelle, car elle unifie et harmonise régulièrement l’intelligence de toutes les civilisations humaines. Une particularité d’une seule civilisation née laïque.

 

 

[1] Tony Blair, la Préface du A Journey by Tony Blair en version chinoise, Yilin Press, 2011

[2] Par exemple, non seulement les grandes régions détiennent leur propre langue locale vivante, mais aussi presque chaque village en a une.    

[3] Pascal, Pensées, Église, pape. Unité/multitude.

[4] Guizot, Histoire des origines du gouvernement représentatif en Europe, noté par Jean-Pierre Rioux, Les centristes de Mirabeau à Bayrou, Fayard, 2011, p. 59

[5] Empereur Wen de Zhou, Père du fondateur de la dynastie Zhou (1046-256, av. J.-C.)

[6] La Dynastie Ming (1368-1644)

[7] Confucius, Les Entretiens de Confucius, XV. 24. traduit par Pierre Ryckmans, Gallimard, 1987

[8] John Stuart Mill, De la liberté, 1859, traduit par Charles Dupont-White

[9] Confucius, les Entretiens de Confucius, XVI. 1. traduit par Pierre Ryckmans, Gallimard, 1987

[10] Confucius, les Entretiens de Confucius, XV. 39. traduit par Pierre Ryckmans, Gallimard, 1987

[11] Mengzi (380-289 av. J.-C), deuxième Maître du confucianisme.

[12] Raymond Aron, le Spectateur engagé, Julliard, 1981, p. 185

[13] La Pérégrination vers l'Ouest, écrit par Wu Cheng'en à la fin du XVIe siècle. Il raconte une aventure d’un groupe bouddhiste sur la route du pèlerinage : de la Chine à l’Inde en VII siècle. Ce groupe se composait de cinq personnes : un moine, un singe, un cochon, un bonze et un cheval issu d’un dragon.

"Chanson de la paix", la musique classique du Royaume de Ryūkyū (Okinawa au Japon d'aujourd'hui). Les musiciens chantent en langue chinoise très classique, l'ancien mandarin officiel chinois de Dynastie Ming ( 1368-1644). Cette langue (accent) est quasiment disparue en Chine d'aujourd'hui, donc les Chinois remercient beaucoup les habitants de Ryūkyū pour leur protection de la civilisation chinoise.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :